L’amour et l’intimité dans un monde autosuffisant
- Rachael Hibbert

- 18 août
- 4 min de lecture

Choisir de construire la connexion au-delà de l’indépendance
On m’a récemment demandé : « Pourquoi tu veux construire quelque chose avec quelqu’un ? Pourquoi as-tu besoin d’être avec quelqu’un ? »
C’est une question qui persiste, non pas parce que je ne connais pas ma propre réponse, mais parce qu’elle révèle beaucoup sur notre façon de penser l’intimité aujourd’hui. Nous vivons entre deux scénarios : l’ancien, traditionnel, où le bonheur se mesure au fait de se mettre en couple et de suivre les règles ; et le nouveau, hyper-indépendant, où le bonheur se définit par l’autosuffisance, le fait de n’avoir besoin de personne, d’être complet seul.
Mais aucun de ces scénarios ne me semble entièrement juste.
Ces cinq dernières années m’ont appris à être seule. J’ai élevé un enfant, reconstruit ma vie, appris à me tenir debout dans la solitude et même à l’aimer. L’indépendance a sa propre joie : la clarté de faire ses propres choix, la fierté de l’autonomie, l’espace pour se connaître profondément. Et pourtant, même si j’y tiens, je sais que cette question n’est pas celle de la survie. C’est celle du désir.
Et je me surprends à demander en retour : si nous ne questionnons pas le fait de construire des amitiés, pourquoi questionnons-nous celui de construire l’amour ?
Au-delà de l’autosuffisance
Personne ne demande : « Pourquoi tu as besoin d’amis ? » ou « Ne pourrais-tu pas être heureux sans eux ? » On accepte sans hésiter que l’amitié apporte joie, sens et profondeur à la vie. Mais dès qu’il s’agit d’intimité romantique, au jour d'aujourd'hui, la question devient suspecte : Pourquoi veux-tu ça ? En as-tu vraiment besoin ?
Peut-être que la réponse est simple : parce que la vie n’est pas faite pour vivre uniquement à l’intérieur de soi.
Les humains sont programmés pour la connexion, autant que pour la nourriture ou l’eau. Les neuroscientifiques ont montré que les circuits cérébraux de la solitude se chevauchent avec ceux de la faim et de la soif. Avoir besoin d’appartenance n’est pas une faiblesse, c’est une part de l’humain.
L’amour de soi est essentiel, certes — mais ce n’est pas la seule destination. Une fois que tu sais tenir debout seul, que fais-tu ensuite ? Que fais-tu de toute cette résilience, de cette connaissance de toi et de cette force ? Tu la partages. Non pas parce que tu es incomplet selon la société, mais parce que c'est grâce à la connexion nous nous épanouissons.
Les êtres humains ont besoin de connexion non pas parce qu'ils sont brisés, mais parce qu'ils sont vivants.
Nous oublions parfois que les êtres humains sont des animaux. Aucune autre espèce n'impose le lien du couple comme une obligation morale à vie. Certains s'accouplent pour la vie, beaucoup s'accouplent pour peu de temps. Mais tous le font. Ils se connectent, se reproduisent, se lient pour survivre ou pour le plaisir.
Et pourtant, la société a superposé règle après règle sur cet instinct. Mariage, propriété, fidélité comme preuve, « pour toujours » — autant de constructions destinées à domestiquer le désir. Résultat : des attentes irréalistes, des promesses rompues, et même de la honte lorsque la réalité ne correspond pas à l’histoire qu’on nous a racontée. Nous finissons par confondre liberté avec peur, et engagement avec contrôle.
Suivre l’exemple de la société reste un choix. Et comme tout choix, il peut être beau s’il est conscient. Pour moi, il ne s’agit ni d’abolir l’engagement, ni de vivre dans un détachement permanent. Il s’agit de laisser l’amour prendre la forme dont il a besoin, quelle qu’elle soit entre deux (ou plusieurs) personnes. Monogame ou ouvert, queer ou polyamoureux, traditionnel ou non — ce qui compte, c’est que ce soit vivant, authentique et choisi librement.
Pourquoi construire un amour et connexion qui dure ?
Alors, pourquoi construire l’amour romantique, quand les amitiés et le lien familial nous donnent déjà le sentiment d’appartenir ?
Parce que l’amour offre quelque chose qu’aucun autre lien ne peut offrir. Les recherches montrent que ses bénéfices sont vastes et profonds. Il apporte passion et intimité — cette flamme qui nous attire — et il suscite la joie et l'optimisme qui nous soutiennent quand la vie nous semble difficile. Il nous offre la compagnie, quelqu’un qui marche à nos côtés, avec qui partager le fardeau et les rires. Oui, il y a l’intimité sexuelle, mais ce dont nous avons encore plus besoin, c'est le sentiment d'être vraiment vu et désiré. Et plus de tout cela, l'amour profond nous façonne, nous élargit, nous adoucit, nous renforce d'une manière qu'aucun autre lien n'ose faire.
Mais au-delà des données se trouve une vérité plus difficile à mesurer — celle du ressenti.
Qui ne souhaite pas trouver cette personne qui nous fait nous sentir chez nous : un havre de paix et une mer sauvage. Quelqu’un dont la présence t’apaise tellement que tu peux enfin respirer, mais qui t’inspire aussi à t’aventurer librement et à grandir.
Qui ne voudrait pas être aimé dans sa totalité : en tant qu’homme, femme, rebelle, être sexuel, over-thinker, boule d’émotions.
C'est pourquoi je préfère la présence émotionnelle à la constance physique. Parce que la vraie intimité a son propre rythme. Elle n’est pas éphémère, ni quelque chose que l’on peut recréer à l’infini, inconnu après inconnu. Elle se construit lentement, couche après couche, à travers la confiance, la communication et l’expérience partagée.
Bien sûr, toutes les relations n’offrent pas cela. Certaines blessent plus qu’elles ne guérissent. C’est pourquoi un amour qui vaut la peine d’être construit est celui qui révèle la maturité, la réciprocité, et le courage d’être pleinement soi-même.
La question qui perdure
Alors, quand on me demande : « Pourquoi veux-tu construire quelque chose avec quelqu’un ? » — ma réponse est la suivante : parce que la vie s’élargit lorsqu’elle est partagée.
Parce que la connexion n’est pas remplir un vide mais construire du sens. Parce que choisir l’amour, même en sachant que l’on peut vivre sans, est le choix le plus audacieux de tous.
Peut-être que la meilleure question n’est pas pourquoi veux-tu l’amour ? mais pourquoi pas ?
Après tout, si nous ne remettons jamais en question le fait de construire des amitiés, pourquoi questionnons-nous celui de construire l’amour ?
Peut-être, juste peut-être, que la valeur d'une vie ne se mesure pas à notre capacité à rester seuls, mais à notre courage à choisir de la partager.



On peut vivre seul et avoir envie d'être avec quelqu'un...à mon avis les 2 ne sont pas incompatibles non ?